L'étude théorique de cette thèse de doctorat vise les objectifs suivants : 1) analyser le concept des émotions et d'expériences présents dans les travaux de Lev Semenovich Vygotski (1896-1934), en retraçant sa composition et sa genèse épistémologique de 1916 à 1934; et 2) considérer la structure de ces concepts sous une perspective historico-culturelle. Pour cela, l’auteur a été amené à consulter et à analyser de nombreuses sources bibliographiques, des entretiens et des discussions entre des chercheurs en psychologie et de la culture russe/soviétique. Il en conclut que les émotions et les expériences sillonnent l’oeuvre de Vygotski; le premier évoluant vers une catégorie qui se confond avec le deuxième dans “La Tragédie de Hamlet” (1916), pour l’unité de l’analyse de la relation interne entre la conscience/personnalité et l´environnement. L´expérience (perejivânie) évolue dans la gamme des phénomènes psychologiques et des influences théoriques présentées, et à partir d'un profil théorique étroitement lié au symbolisme de la Russie, se caractérise dans les textes pédologiques des années 1930, grâce à l'influence de Lewin, de la psychologie de la Gestalt et d'autres sources germaniques, fortement influencées par Vygotski. Le concept acquiert un important rôle méthodologique: il devient une unité consciente, marquée par la dynamique des systèmes psychologiques. Pour Vygotski, les émotions (emotsi) étaient l’un des sujets les moins abordés (bien qu'étant, peut-être le plus important dans le futur) dans les recherches de la psychologie de son époque. Certains importants aspects se démarquent entre 1925 et 1934, tandis que d’autres arrivent le long du parcours, dans une conception propre à l’auteur. Il est particulièrement important de noter que les émotions deviennent l'objet de sa psychologie générale dans la “Théorie des émotions” (1933), un manuscrit consacré au futur de la psychologie des émotions par le biais du dépassement de la dualité présente dans la dichotomie entre la psychologie descriptive et explicative. L'auteur défend la conception d'un cadre théorique unique sur les multiples manifestations de l’émotif et des processus de détermination. Les travaux de Vygotski révèlent de nombreuses influences, dont le matérialisme historique, la psychologie structuraliste, Ribot, Stanislavski et Espinosa, affirmant, dans le plein sens acquis par cette idée, que les émotions humaines sont des fonctions psychiques supérieures, fondées surtout sur l'art et le langage. Les études sur les émotions sont la dernière et la plus difficile frontière de son monisme matérialiste, plaçant le cerveau dans le corps et le corps dans la parole. Face aux idées et questions imposées par Vygotski, cette thèse gravite autour des dernières recherches en psychologie et en neurosciences et de leurs contributions pour la perspective historico-culturelle, les questions de traduction et de terminologie, ainsi que des idées et des questions qui déterminent leur avenir. |